vendredi 6 juillet 2012

Interview de Mgr Gerhard Müller à Radio Vatican


Les « groupes qui agissent en marge » de l'Église doivent mettre sous le boisseau leur résistance à s'ouvrir « avec confiance » à la proposition de réconciliation du Pape Benoît XVI, en prenant bien conscience que « l'on ne peut être Catholique que si l'on reconnaît pleinement la foi de l'Église ».

Des paroles claires, exprimées lors d'un interview à la section allemande des programmes de  Radio Vatican,  par le nouveau Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Monseigneur Gerhard Müller.

Interrogé sur les pourparlers avec les traditionalistes lefebvristes, dans lesquels il va jouer un rôle de première importance en tant qu'il est également Président de la Commission Pontificale ''Ecclesia Dei'', l'ex-évêque de Ratisbonne répond : '' L'objectif est toujours l'unité de l'Église et des fidèles avec l'Église. On ne peut être Catholique que si l'on reconnaît pleinement la foi de l'Église.  Ce qui inclut le magistère, et dans le magistère un rôle particulièrement revient aussi au Concile Vatican II ».

Naturellement, les critiques sont nombreuses en provenance de certains milieux du conservatisme ultra-catholique qui indiquent que le nouveau préfet symbolise un changement de direction contre la tradition, et un rapprochement suspect envers les protestants, l'accusant de soutenir même des déviations théologiques.

Mais le prélat continue sans crainte et ajoute : « Il est important de dépasser les blocs internes qui existent dans certains des groupes en marge, et de s'ouvrir avec confiance à notre Saint Père Benoît XVI et à tous ceux qui agissent pour lui. Il ne s'agit pas de contraindre ou d'obliger de quelque manière que ce soit les autres, mais il est important de reconnaître la liberté de la Foi et la liberté des enfants de Dieu, mais également la plénitude de la révélation de Dieu, confiée à l'Église, et donc à Son magistère, pour une interprétation fidèle. C'est pourquoi, j'exhorte de tout mon cœur tous ceux qui ont des difficultés à avoir confiance et à rechercher l'unité de l'Église et la vérité de la Foi ».

Müller s'arrête également sur les rapports du dicastère gardien de l'orthodoxie catholique avec ceux qui sont critiques envers l'autorité ecclésiastique. D'après le néo-préfet, on peut dialoguer avec eux «  uniquement si l'on considère dans sa totalité la recherche de l'Homme vers Dieu et la vérité. Dieu ne peut jamais être une question secondaire. Si nous mettons au centre de notre réflexion Dieu et Jésus Christ, alors nous pouvons réduire certaines tensions dans l'Église. Et cela est vrai aussi pour les malentendus ».

Le nouveau préfet a les idées très claires sur ce que sera sa nouvelle tâche: « La tâche du Préfet est très claire : aider le magistère du Pape, qui est le maître de l'Église universelle, confiée à Pierre et aux Apôtres. Nous vivons actuellement une époque qui n'est pas toujours facile et nous souffrons tous à cause du sécularisme, mais nous ne devons pas oublier la dimension transcendantale, l'orientation vers Dieu, ni – et pour moi c'est très important – l'engagement à développer un climat d'esprit de famille dans toute l'Église, et aussi ici dans la Curie Romaine, surtout dans l'Église de Rome ''.
Vatican Insider - Luca Rolandi, de Rome, le 4 juillet 2012 - Traduction par nos soins - Texte souligné en gras par l'auteur de l'article

Source : La Porte Latine

Note de Catholique Réfractaire : Mgr Gerhard Müller est un hérétique, c'est à cet hérétique que Benoit XVI demande d'être le gardien de la Foi.

jeudi 5 juillet 2012

Mgr Lefebvre : nous n'avons pas la même façon de concevoir la réconciliation

Nous n'avons pas la même façon de concevoir la réconciliation. Le cardinal Ratzinger la voit dans le sens de nous réduire, de nous ramener à Vatican II. Nous, nous la voyons comme un retour de Rome à la Tradition. On ne s'entend pas. C'est un dialogue de sourds. Je ne peux pas beaucoup parler d'avenir, car le mien est derrière moi. Mais si je vis encore un peu, et en supposant que d'ici a an certain temps Rome fasse un appel, qu'on veuille nous revoir, reprendre langue, à ce moment-là, c'est moi qui poserai les conditions.
 
Je n'accepterai plus d'être dans la situation où nous nous sommes trouvés lors des colloques. C'est fini. Je poserai la question au plan doctrinal : « Est-ce que vous êtes d'accord avec les grandes encycliques de tous les papes qui vous ont précédés ? Est-ce que vous êtes d'accord avec Quanta Cura de Pie IX, Immortale Dei, Libertas Praestantissimum de Léon XIII, Pascendi de Pie X, Quas Primas de Pie XI, Humani generis de Pie XII ?

Est-ce que vous êtes en pleine communion avec ces papes et avec leurs affirmations ? Est-ce que vous acceptez encore le serment antimoderniste ? Est-ce que vous êtes pour le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ ? Si vous n'acceptez pas la doctrine de vos prédécesseurs, il est inutile de parler. Tant que vous n'aurez pas accepté de reformer le Concile, en considérant la doctrine de ces papes qui vous ont précédé, il n'y a pas de dialogue possible. C'est inutile ».

Les positions seraient ainsi plus claires.
 
Ce n'est pas une petite chose qui nous oppose. II ne suffit pas qu'on nous dise : « Vous pouvez dire la messe ancienne, mais il faut accepter cela [le Concile] ». Non, ce n'est pas que cela (la messe) qui nous oppose, c'est la doctrine. C'est clair.

C'est ce qui est grave chez dom Gérard et c'est ce qui l'a perdu. Dom Gérard n'a toujours vu que la liturgie et la vie monastique. II ne voit pas clairement les problèmes théologiques du Concile, de la liberté religieuse. Il ne voit pas la malice de ces erreurs. Il n'a jamais été très soucieux de cela. Ce qui le touchait, c'était la réforme liturgique, la réforme des monastères bénédictins. Il est parti de Tournay en disant : " je ne peux pas accepter cela". Alors, il a reformé une communauté de moines avec la liturgie, dans la pensée bénédictine. Très bien, c'était magnifique. Mais je pense qu'il n'a pas suffisamment mesure que ces reformes qui l'avaient amené à quitter son monastère étaient la conséquence des erreurs qui sont dans le Concile. Pourvu qu'on lui accorde ce qu'il cherchait, cet esprit monastique et la liturgie traditionnelle, il a ce qu'il veut et le reste lui est indifférent. Mais il tombe dans un piège, car les autres n'ont rien cédé sur ces faux principes.

C'est dommage, car cela fait tout de même soixante moines, dont une vingtaine de prêtres et trente moniales. II y a presque une centaine de jeunes qui sont là, complètement désemparés et dont les familles sont inquiètes ou même divisées.
C'est désastreux.

 † Marcel LEFEBVRE

 
Mgr Lefebvre, « Je poserai mes conditions a une reprise éventuelle des colloques avec Rome » dans Fideliter n° 66 (septembre-octobre 1988), p. 12-14.



mercredi 4 juillet 2012

Si tu connaissais le don de Dieu !

« Si scires donum Dei » : « si tu connaissais le don de Dieu ». C’est bien parce que Mgr Lefebvre le connaissait qu’il a créé la FSSPX ; c’est bien parce que certaines âmes éprises de Dieu le connaissaient qu’elles ont été jusqu’au martyre.

Que demandez-vous à l’Eglise de Dieu ? La Foi ! Que vous procure la Foi ? La vie éternelle ! Voici le don de Dieu : la Foi.

Connaissent-ils vraiment le don de Dieu ?

Les catholiques réfractaires ont été jusqu’au martyre parce qu’ils connaissaient ce don de Dieu qu’est la Foi, refusant de signer cette sinistre convention ambiguë qui les mettaient en réalité sous la coupe d’un gouvernement révolutionnaire décidé à anéantir les droits de Dieu et de son Eglise. Elle était si ambigüe que certains bons prêtres s'y trompèrent, avant de se retracter et d'aller jusqu'au martyre.

Au sujet des récentes nominations de Benoit XVI


Le Pape vient de nommer Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi Gerhard Ludwig Müller.

L’évêque de Ratisbonne, 64 ans, originaire de Maenz, est un défenseur des thèses progressistes, contre lesquelles, nous dit-on, le Pape s’efforcerait de lutter.

Une telle nomination à un poste aussi important qui fait suite à celle intervenue il y a quelques jours de l’évêque anglais Mgr [Arthur] Roche comme Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements (tristement célèbre pour son aversion envers la Messe traditionnelle malgré le Motu proprio Summorum Pontificum), manifeste un choix clair du Saint-Père qui ne peut être interprété comme une volonté de promouvoir la Tradition dans l’Eglise.

Ainsi, dans le cas de Mgr Müller, celui a professé les hérésies suivantes :
Contre la Virginité de la Très Sainte Vierge Marie
Dans son livre Dogmatique catholique : étude et pratique de la théologie, Müller nie le dogme de la virginité de Marie. Selon lui, la virginité ne concerne pas les « caractéristiques physiologiques du processus naturel de la naissance de Jésus (tels que la non-ouverture du col, l’absence de déchirure de l'hymen ou l'absence de douleurs de l'enfantement), mais l’influx salvifique et rédempteur de la grâce du Christ dans la nature humaine ».

Contre le dogme de la Transsubstantiation
Dans son livre La Messe, source de la vie chrétienne, il écrit : « Corps et sang du Christ ne signifient pas les parties physiques de l’homme Jésus présent sur la terre ou dans son corps glorieux, […] Corps et sang signifient plutôt une présence du Christ à travers le signe du pain et du vin. Mgr Müller explique ainsi la transsubstantiation : « L’essence du pain et du vin doit être définie dans un sens anthropologique. Le caractère naturel de ces dons [pain et vin] comme fruits de la terre et du travail des hommes, comme produits naturels et culturels, symbolise la nourriture et la restauration des personnes et de la communauté humaine dans le signe d’un repas commun […]. L’être naturel du pain et du vin est transformé par Dieu dans le sens que cet être montre et réalise la communion salvifique ».

Les protestants font partie de l’Eglise
Au cours d’un discours en l’honneur de l’évêque luthérien Johannes Friedrich, Mgr Müller a affirmé le 11 octobre 2011 : « Le baptême est le caractère fondamental qui nous unit sacramentellement au Christ aux yeux du monde dans une seule Eglise visible. Nous, chrétiens, catholiques et protestants, sommes donc déjà unis dans ce que nous appelons l’Eglise visible. Au sens strict, il n’y a pas plusieurs Eglises, qui existeraient les unes à coté des autres, mais il existe des divisions, des ruptures à l’intérieur d’un peuple unique et d’une unique maison de Dieu ».

Etude du District d'Italie du 3 juillet 2012 - Merci au traducteur italien
Source : La Porte Latine

Mgr DiNoia, Ecclesia Dei et la Fraternité Saint-Pie X

Natif du New Yorker, le secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, nous parle de son nouveau rôle et les défis qu'il attend.

Dans un souci de préserver les pourparlers pour une possible réconciliation, le pape Benoît XVI a nommé l'archevêque américain J. Augustine DiNoia, vice-président de la commission chargée d'aider à intégrer la Société Saint-Pie X dans la pleine communion avec Rome.

Âgé de 68 ans, originaire de la République dominicaine natif du Bronx, NY, il a été jusqu'à présent secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, il devient vice-président de la Commission pontificale Ecclesia Dei. Il a donné une interview avec le correspondant Edward Juin Pentin le 27 juin dernier au sujet de son nouveau poste, et des quelques obstacles inhérents aux pourparlers de réintégration de la société dans la pleine communion, et ses espoirs pour un succès.

Comme l'archevêque DiNoia n'a pas encore commencé de travailler à la commission, il a préféré ne pas commenter les rapports d'une "fuite" de la FSSPX qui disait que la Société avait trouvé le préambule doctrinale "clairement inacceptable." Le document qui est censé constituer la base d'une réconciliation avec Rome.
 
Note de Catholique Réfractaire : Mgr DiNoia est le nouvel interlocuteur nommé par le pape pour discuter avec la FSSPX. Il est intéressant de voir dans l'interview ci-dessous qu'il expose très clairement et en toute sincérité les éléments justement pour lesquels Mgr Lefebvre a décider de retirer sa signature, le but étant d'amener la FSSPX à Vatican II et non de sortir l'Eglise de Vatican II.

Vous avez dit : « herméneutique de la continuité » ?

Extrait de la Lettre aux tertiaires de Saint Dominique - Noel 2011

Dans son « discours-programme » du 22 décembre 2005, le pape Benoît XVI disait que l’interprétation des nouveautés enseignées par le concile Vatican II (1) doit repousser    « l’herméneutique de la discontinuité par rapport à la Tradition » tandis qu’elle doit affirmer « l’herméneutique du renouveau dans la continuité ». En termes plus simples : le concile Vatican II ne doit pas être interprété dans le sens d’une rupture mais dans le sens d’une continuité avec la Tradition.
 
Aussitôt, dans les milieux ralliés, ce fut un cri de triomphe : le nouveau pape ne veut pas rompre avec le passé de l’église, il met un coup de frein et va ramener l’église à la Tradition. Cette « herméneutique » de la pensée de Benoît XVI est en fait un tragique contre-sens. 
 

lundi 2 juillet 2012

"Tout doucement ils adhèrent..."


 FIDELITER - Quand on voit que Dom Gérard et la Fraternité Saint-Pierre ont obtenu de conserver la liturgie et le catéchisme, sans – disent-ils – n’avoir rien concédé, certains qui sont troublés de se trouver en situation difficile avec Rome, peuvent être tentés à la longue de se rallier à leur tour par lassitude. « Ils arrivent bien, disent-ils, à s’entendre avec Rome sans n’avoir rien lâché ».
Monseigneur - Quand ils disent qu’ils n’ont rien lâché, c’est faux. Ils ont lâché la possibilité de contrer Rome. Ils ne peuvent plus rien dire. Ils doivent se taire étant données les faveurs qui leur ont été accordées. Il leur est maintenant impossible de dénoncer les erreurs de l’Église conciliaire. Tout doucement ils adhèrent, ne serait-ce que par la profession de foi qui est demandée par le cardinal Ratzinger. Je crois que Dom Gérard est en passe de faire paraître un petit livre rédigé par l’un de ses moines, sur la liberté religieuse et qui va essayer de la justifier. (*)
Du point de vue des idées, ils virent tout doucement et finissent par admettre les idées fausses du Concile, parce que Rome leur a accordé quelques faveurs pour la Tradition. C’est une situation très dangereuse.
Au cours de l’audience qu’il a accordée à Dom Gérard et à une délégation des moines du Barroux, le Pape a exprimé le désir de les voir évoluer toujours davantage. Il ne s’en est pas caché. Il faut qu’ils se soumettent encore plus à l’archevêque et qu’ils prennent garde de ne pas faire en sorte que les réformes conciliaires soient sous-estimées parce qu’on leur a accordé des exceptions à la règle liturgique du Concile. Il faudrait aussi qu’ils fassent un effort pour ramener tous ceux qui ne sont pas encore dans l’obéissance au Saint-Père.
Ce sont des invitations pressantes qui leur sont faites et c’est bien là le but des privilèges qui leur ont été accordés.
C’est pourquoi Dom Gérard a écrit à la Mère Anne-Marie Simoulin, au Père Innocent-Marie, aux Capucins de Morgon et à d’autres personnes pour essayer même de me toucher. À son retour de Rome il a lancé cette offensive pour tenter de convaincre tous ceux qui ne le suivent pas d’emprunter son sillage et de se rallier à Rome.
Tout ce qui leur a été accordé, ne leur a été consenti que dans le but de faire en sorte que tous ceux qui adhèrent ou sont liés à la Fraternité s’en détachent et se soumettent à Rome.
Source : Fideliter n° 79, janvier-février 1991. 

dimanche 1 juillet 2012

Considérations à vue humaine sur Rome et la Fraternité Saint-Pie X


Les polémiques qui font rage dans la Fraternité Saint-Pie X quant à un éventuel accord avec Rome, les arguments ressassés de part et d’autre à grands coups de citations de Mgr Lefebvre, les accusations de trahison ou de reniement, les aigreurs personnelles qui sont inévitables en pareilles circonstances, la divulgation routinière sur Internet de documents censés confidentiels – fuites dont les coupables ne sont pas forcément ceux que l’on croit –, les excès de langage d’un côté, l’autoritarisme, de l’autre, dans sa forme la plus odieuse, le chantage aux saints ordres, pour punir collectivement des communautés religieuses dont la « loyauté » n’est pas jugée assez « sûre » – ce feuilleton, hors du petit monde traditionaliste, ne suscite guère que l’indifférence. Les adorateurs d’autres dieux que celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob risquent même d’y trouver confirmation une fois de plus, que le monothéisme a apporté au monde la haine théologique.


L’éclatement virtuel de la Fraternité Saint-Pie X n’est pourtant pas sans importance pour tous ceux, catholiques ou non, qui luttent aujourd’hui en France pour leur identité de Français, d’Européens, de Blancs. On ne saurait, sans doute, trouver là des raisons pour ou contre l’accord avec Rome : ces raisons ne sauraient être que religieuses, de même que le combat de Mgr Lefebvre et de ses successeurs n’a jamais pu avoir de légitimité autre que religieuse – la « réduction au politique », utilisée sous la Révolution pour persécuter les prêtres réfractaires, est depuis des lustres la tactique favorite des évêques conciliaires et des journaleux contre la Fraternité Saint-Pie X. Reste que la Fraternité, à côté ou à cause de son combat religieux, joue de fait, en France surtout, un rôle culturel, social, politique, et qu’il serait grave, pour cette raison aussi, qu’elle disparût.

Mgr Alfonso de Galarreta : réflexions autour de la proposition romaine


LE TEXTE ROMAIN
Pour me limiter à la « Note préliminaire » et au « Préambule doctrinal», je dois dire d’emblée qu’ils sont confus, équivoques, faux et mauvais pour l'essentiel. Même l’apparente ouverture à une critique du Concile est sibylline et rusée, un piège bien dressé («légitime [?] discussion... d’expressions ou de formulations...» selon les «critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaire...», c’est-à-dire, selon «Préambule» Il et III, 2, surtout in fine). Ce document est substantiellement inacceptable. Il est pire que le Protocole de 1988, en particulier par rapport au Concile et au magistère postconciliaire.
  • Monseigneur Lefebvre: «Nos vrais fidèles, ceux qui ont compris le problème et qui nous ont justement aidés à poursuivre la ligne droite et ferme de la Tradition et de la foi, craignaient les démarches que j’ai faites à Rome. Ils m'ont dit que c’était dangereux et que je perdais mon temps. Oui, bien sûr, j'ai espéré jusqu 'à la dernière minute qu'à Rome ont témoignerait d'un petit peu de loyauté. On ne peut pas me reprocher de ne pas avoir fait le maximum. Aussi maintenant, à ‘ceux qui viennent me dire: il faut vous entendre avec Rome, je crois pouvoir dire que je suis allé plus loin même que je n’aurais dû aller» (Fideliter n°79, p. 11).
  • «Fideliter: Que pensez-vous de l’instruction du cardinal Ratzinger instituant le serment de fidélité et que comporte une profession de foi ?
    Monseigneur Lefebvre : Il y a d’abord le Credo, qui ne pose pas de problème. Il est resté intact. Le premier et le deuxième alinéas ne pas non plus de difficultés. Ce sont des choses courantes au point de vue théologique.
    Mais le troisième est très mauvais. C’est pratiquement s’aligner sur ce que les évêques du monde entier pensent aujourd’hui. Dans le préambule il est d'ailleurs clairement indiqué que cet alinéa a été ajouté en raison de l'esprit du Concile. Il se réfère au Concile et au soi-disant magistère d'aujourd'hui qui est celui des conciliaires. Il aurait fallu ajouter: en tant que ce magistère est en pleine conformité avec la Tradition. Telle qu’elle est cette formule est dangereuse. Cela démontre bien l'esprit de ces gens avec lesquels- il est impossible de s’entendre. C’est absolument ridicule et faux – comme certains l'ont fait – de présenter ce serment de fidélité comme une résurgence du serment antimoderniste supprimé depuis le‘ Concile. Tout le venin est dans le troisième alinéa qui semble fait exprès pour- obliger ceux qui sont ralliés à signer cette profession de foi et d’affirmer leur plein accord avec les évêques.
    C'est comme si au temps de l'arianisme on avait dit, maintenant vous êtes en accord avec tout ce que pensent les évêques ariens.
    Non je n’exagère pas, c’est clairement exprimé dans l'introduction. C'est de la fourberie. On peut se demander si l’on n’a pas voulu à Rome, corriger ainsi le texte du protocole. Bien qu’il ne nous satisfasse pas, il paraît encore trop en notre faveur en l’article 3 de la déclaration doctrinale, car il n’exprime pas assez la nécessité de nous soumettre au Concile.
    Alors je pense qu’ils se rattrapent maintenant. Ils vont sans doute faire signer ces textes aux séminaristes de la Fraternité Saint-Pierre avant leur ordination et aux prêtres de cette Fraternité, qui vont alors se trouver dans l’obligation de faire un acte officiel de ralliement à l'Église conciliaire. A la différence du protocole, par ces nouveaux textes on se soumet au Concile et à tous les évêques conciliaires. C'est leur esprit et on ne les changera pas » (Fideliter, n° 70, p. 16).
  • « Fideliter : Pensez-vous que la situations: soit encore dégradée depuis que vous aviez – avant les sacres – engagé des conversations qui avaient abouti à la rédaction du protocole du 5 mai 1988
    Monseigneur Lefebvre : Oh oui ! Par exemple -la profession de foi qui est maintenant réclamée parle Cardinal Ratzinger depuis le début de l'année 1989. C’est un fait très grave. Car il demande à tous ceux qui se sont ralliés ou qui pourraient le faire de faire une profession de foi dans les documents du Concile et dans les réformes post-conciliaires. Pour nous c'est impossible » (Fideliter n°79, p. 4).

vendredi 29 juin 2012

Analyse de la déclaration doctrinale (III)



« L’entière Tradition de la foi catholique doit être le critère et le guide de compréhension des enseignements du Concile Vatican II, lequel à son tour éclaire certains aspects de la vie et de la doctrine de l’Église, implicitement présents en elle, non encore formulés. Les affirmations du Concile Vatican II et du Magistère Pontifical postérieur relatifs à la relation entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes non-catholiques doivent être comprises à la lumière de la Tradition entière. » 

Nos deux précédentes analyses ont manifesté la ligne en laquelle se situe le seul extrait actuellement connu de la Déclaration doctrinale rédigée en avril dernier par la FSSPX. Toutes les affirmations conciliaires y étant considérées comme des enseignements d’Eglise, la présente Déclaration soutient l’éclairage réciproque de la Tradition et de Vatican II, autrement dit fait sienne l’herméneutique de la continuité si chère à Benoît XVI. Reste à évaluer le réalisme de ce positionnement. La troisième proposition du présent extrait y aidera, d’autant plus qu’il concerne un point en délicatesse entre Rome et Menzingen : l’œcuménisme : « Les affirmations du Concile Vatican II et du Magistère Pontifical postérieur relatifs à la relation entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes non-catholiques doivent être comprises à la lumière de la Tradition entière. » 

A la lecture de cette dernière phrase, une première question jaillit : pourquoi la question œcuménique est-elle la seule mentionnée ? L’affirmation conciliaire de la liberté religieuse, la transmission de la juridiction épiscopale, ou encore le statut du judaïsme actuel (bénéficiaire ou non de l’alliance salutaire de Dieu malgré son refus du Sauveur) ; plus profondément la nouvelle ecclésiologie délétère à l’origine de ces déviances conciliaires, toutes ces nouveautés et bien d’autres encore ne seraient-elles plus des points non négociables pour la FSSPX ? Non négociables, car relevant de la foi même de l’Eglise ? Que la bienveillance nous fasse admettre une autre thèse, même si elle n’apparaît pas en ces lignes. Supposons que la question œcuménique ne soit ici donnée qu’à titre d’exemple. 

En ces matières où la divergence engage la foi, la Déclaration demande d’accepter les « enseignements » de Vatican II pour les « comprendre » à la lumière de la Tradition. Textes à l’appui, nous ne pouvons que relever l’utopie. 

Comment admettre que l'Esprit du Christ, ne refuse se sert des communautés hérétiques ou schismatiques comme de moyens de salut (Vatican II, Unitatis Redintegratio, n°3 § 3) si l’on adhère au dogme catholique maintes fois défini par le Magistère de l’Eglise : hors de l’Eglise point de salut ? Parce que ces deux propositions sont contradictoires, elles s’excluent l’une l’autre, et l’on ne peut prétendre soutenir les deux, sauf à enlever aux mots leur signification – ce qui rend alors impossible toute profession de foi. 

Comment admettre l’enseignement du Magistère pontifical postérieur lorsqu’il affirme que tous les baptisés, catholiques ou non, sont tous vivifiés par le même et indivisible Esprit de Dieu (Jean-Paul II siège du Conseil Œcuménique des Eglises) sans remettre directement en cause la vérité la plus établie selon laquelle tout péché mortel – et qui plus est le péché mortel contre la foi qu’est le péché d’hérésie – fait perdre cette vie selon l’Esprit Saint (la grâce sanctifiante) ? Là encore, l’âme catholique est face à des propositions contradictoires en matière de foi, propositions contradictoires et donc inconciliables. 

Comment admettre que les évêques orthodoxes exercent une véritable juridiction sur leurs fidèles – enseignement commun par les tenants du Magistère depuis Vatican II – sans remettre directement en cause la foi de l’Eglise selon laquelle toute juridiction découle du Souverain Pontife qui en a seul la plénitude ? 

En ce seul domaine œcuménique, les exemples de ce genre pourraient être multipliés. La liste devrait s’allonger bien davantage s’il fallait relever tous les problèmes soulevés par les affirmations habituelles des tenants du Magistère depuis Vatican II. Comment par exemple admettre avec Benoît XVI (discours à la synagogue de Rome) que l’Ancienne Alliance demeure salvifique alors que saint Paul, dans ses épîtres aux Romains et aux Galates, affirme exactement l’inverse ? 

Ces quelques illustrations manifestent la véritable gravité de la Déclaration doctrinale envoyée à Rome en avril dernier. Elle exclut la possibilité de toute contradiction entre ces différentes affirmations, pour s’enfermer dans la voie d’une impossible herméneutique de continuité : il ne peut y avoir de développement homogène entre deux contradictoires. S’enfermer en cette logique n’est pas dommageable qu’à la seule Fraternité Saint Pie X. Elle est surtout dommageable au bien de la foi, et donc à l’Eglise tout entière.